Avec ses dimensions impressionnantes et ses magnifiques vitraux, la cathédrale de Chartres est l'une des plus belles du monde. Trente ans furent nécessaires pour édifier cette Bible illustrée, composée de 173 fenêtres immenses. Maître en son art, l'architecte – dont le nom est aujourd'hui perdu – n'utilisa aucun mur porteur et fit reposer cette merveilleuse construction gothique sur des ogives.

Le miracle de la statue de Marie

À 90 kilomètres à peine de Paris, Chartres se situe dans une plaine fertile au bord de l'Eure, qui constitua de tout temps un important bassin agricole. En son temps se dresse une colline, au sommet de laquelle une cathédrale veille depuis plus de 1500 ans sur la petite ville. À l'époque des bâtisseurs de Stonehenge, on trouvait à cet emplacement un dolmen, qui marquait probablement l'un des centres les plus porteurs d'énergie de la terre. Conjointement à une source, le lieu était en tout cas vénéré comme lieu saint. D'après la légende, 100 ans avant la naissance de Jésus, un druide y prédit qu'une vierge mettrait au monde un enfant. Le lieu fut ainsi dédié à cette vierge qui était vénérée sous la forme d'une madone noire. Les druides celtiques sculptèrent, dans un tronc de poirier, une Vierge à l'enfant, qu'ils gardèrent dans une grotte et baptisèrent pour cette raison la "Vierge souterraine".

Au IIIᵉ siècle, les premiers chrétiens découvrirent l'endroit et la statue de la Vierge et y fondèrent une église, vouée au culte marial. Ainsi débute l'histoire de l'église de Chartres. L'édifice que nous pouvons admirer aujourd'hui est le sixième, les précédents ayant été détruits par les flammes. En 743, le duc d'Aquitaine incendia la première église, les Danois brûlèrent la deuxième en 858, la troisième et la quatrième furent incendiées en 962 et 1020, puis une première cathédrale fut brûlée en 1194. À propos de ce dernier incendie, une étrange histoire raconte que tout le bourg, et pas seulement la cathédrale, fut en proie aux flammes. Les tentatives pour éteindre ce feu échouèrent. Au bout de quelques jours, le bourg et la cathédrale furent littéralement rasés. Pourtant, on découvrit dans la crypte, sous les décombres, le manteau de Marie offert à la cathédrale en 876 par le petit-fils de Charlemagne : la relique était intacte. Tel un phénix qui renaît de ses cendres, la nouvelle cathédrale – celle que nous voyons aujourd'hui – fut ensuite reconstruite en seulement 30 ans.

Un repos pour l'âme, une stimulation pour l'esprit

L'architecture gothique, dont personne ne connaît ni l'origine géographique ni les premiers instigateurs, commença à s'épanouir en Europe au XIIᵉ siècle. Chartres est l'exemple le plus impressionnant des 80 cathédrales bâties en France à cette époque. Les Templiers avaient-ils découvert en Terre sainte quelques secrets qu'ils purent ensuite mettre en œuvre en Europe avec l'aide des Cisterciens ? On suppose que les Templiers découvrirent, à Jérusalem, l'anneau de Moïse qui commandait, en des proportions divines, aux nombres, aux poids et aux mesures. Les Cisterciens réussirent ensuite à déchiffrer leurs secrets et les utilisèrent pour la première fois lors de la reconstruction de la cathédrale de Chartres, imaginée selon un schéma divin. Proportions, orientation, agencement et symboles, tout, en effet, est conçu pour reposer l'âme et stimuler l'esprit. L'ensemble des proportions se ramène au rapport fondamental de la Section d'or – 1,618 pour 1 –, connu depuis l'Antiquité.

La distance entre les colonnes, la longueur des nefs, du cloître et du chœur correspondent toujours au produit d'une multiplication par le nombre d'or. Sous l'autel, on trouve, à 37 mètres de profondeur, l'étiage de la source, tandis que la voûte gothique culmine en ce même endroit à 37 mètres de hauteur. Les arceaux sont si parfaitement proportionnés qu'ils ne semblent supporter aucune charge.